Si diagnostiquer une rupture du ligament croisé antérieur (LCA) ne pose a priori aucun problème pour un chirurgien orthopédiste, il est en revanche plus délicat de mesurer la laxité ou le jeu engendré par cette grave blessure. Des Mayennais ont pensé et conçu une machine capable de mesurer au dixième de millimètre près le mouvement d’un genou atteint d’une entorse.
Stéphane Nouveau, masseur kinésithérapeute à Ernée, a imaginé, avec le soutien prépondérant du docteur Henri Robert, chirurgien orthopédiste au centre hospitalier du Nord-Mayenne, une machine capable de quantifier le jeu du genou après une lésion ou une rupture du LCA. Des élèves de l’esiea, sous la responsabilité de leur enseignant, Stéphane Gageot, ont par la suite mis en pratique cette idée en concevant une machine, le GNRB (Genou Rob). Stéphane Nouveau est parti du constat suivant. Pour diagnostiquer la gravité d’une entorse d’un genou, les chirurgiens orthopédistes ont à leur disposition deux outils : le KT 1000, un système manuel, et la radiographie dynamique (Télos). L’expérience du praticien, son savoir-faire en quelque sorte, rentre également en ligne de compte. La chirurgie ne laissant place à aucune approximation dans le diagnostic, l’idée de concevoir un nouvel outil de haute précision pour mesurer le mouvement du genou a germé. «Le KT 1000, explique Stéphane Nouveau, pose trois problèmes. L’examen avec cet appareil reste peu reproductible entre deux examinateurs. La procédure manuelle et l’absence de prise en compte de la contraction du muscle va déboucher sur une précision aléatoire, au mieux de un millimètre. Enfin, le non dépistage d’une lésion apparaît également dans 25% des cas». Concernant la radio dynamique Télos, le docteur Robert indique «qu’il n’est pas pensable de répéter les radios à chaque visite !».
Le GNRB pallie donc toutes ces lacunes. Sébastien Gageot résume son principe : «il s’agit d’exercer une poussée sur le mollet afin de mesurer le déplacement du tibia par rapport à l’axe du genou. Cette poussée est possible via un vérin électrique télécommandé par un dispositif électronique qui prend notamment en considération la contraction musculaire du patient. Par la suite, un micro-calculateur doté d’une intelligence artificielle transmet les résultats, visibles instantanément sur un écran d’ordinateur».
Si le GNRB a été présenté dans les locaux du siège du Stade Lavallois Football Club Mayenne, ce n’est pas tout à fait un hasard. Cet outil révolutionnaire concerne en effet au plus haut point les clubs de foot professionnels et plus généralement les clubs de sport dits de pivot (handball, basket-ball,…). Un appareil aussi précis permettrait de dépister des lésions lors de l’embauche d’un joueur. Des cas de clubs ayant enrôlé un joueur avec le genou très abîmé, mais sain en apparence, en ont été pour leurs frais quelques mois après la signature du contrat.
Depuis octobre dernier, un brevet d’invention a été déposé auprès de l’Institut National de la Propriété Intellectuelle : «dans un premier temps, nous fabriquerons des petites séries. Mais à terme, nous aimerions une distribution plus large auprès des professionnels de la chirurgie orthopédique et des clubs professionnels», indique Stéphane Nouveau. Le Genou Rob est né en Mayenne et c’est dans ce département qu’il devrait être construit : «c’est notre vœu le plus cher», conclut Stéphane Nouveau. |